La strappe : suite 4

Publié le 2 Avril 2017

 

- Tu vas donner ta main tout de suite.

- NON ! T’es chanceux que je ne sois pas plus grand, je te ficherais une volée.

- Quoi ?

- Oui, poursuivis-je comme sortie de mon corps, je te casserais la gueule, tu peux en être sûr.

 

Je n’arrivais pas à saisir comment ces mots sortaient de ma bouche et pourtant c’est exactement ce que je pensais. En fait, j’en avais beaucoup plus à proférer.

- Espèce de chien sale ! Je te la ferai avaler ta courroie, continuais-je la voix étouffée par les larmes.

 

Pendant un moment, j’ai songé lui sauter au cou et l’étrangler, le griffer, le mordre, mais je ne m’y résolvais pas. Mes yeux lui projetaient du feu. Je me retournai pour partir.

 

- Minute, mon petit bonhomme, ce n’est pas fini, lança-t-il. Son visage tournait au pourpre et sa respiration s’alourdissait. De toute évidence, la situation venait de prendre un tournant qu’il n’avait pas anticipé. Habituellement, les enfants s’effondraient dès le premier coup et suppliaient à genoux d’être épargnés avec la ferme intention de ne plus jamais désobéir. M. Bonneau pouvait alors triompher en jouant les complaisants. Cette fois, il composait avec un garçon qui présentait sa main au lieu de se jeter à ces pieds et implorer son pardon. Pire, le sacripant osait proférer des paroles injurieuses à son égard.

 

- Donne ta main, vociféra-t-il.

- Non.

- Tu vas donner ta main, tu as compris.

- Non.

- C’est cinq coups et tu les auras tous les cinq.

- Jamais.

 

Si seulement j’avais persisté. Je le possédais ce triple con. Il ne savait plus comment transiger à ce point. Pour avoir ma main, que je tenais dans mon dos, il eut fallu qu’il s’en prenne à moi physiquement et là, tout aurait basculé. Il est certain que je me serais défendu et à moins qu’il m’assomme avec un coup de poing, je lui aurais griffé le visage jusqu’au sang. Je me serai déchainé avec toute la force dont j’étais capable et l’issue d’une bataille à ce stade n’aurait pas été à l’honneur de ce représentant de Dieu.

 

- Donne-moi ta main immédiatement, me cria-t-il avec véhémence.

 

Je me ressaisis tout à coup au milieu de mes larmes, songeant qu’il ne me laisserait pas partir sans avoir accompli sa tâche. Je convins de la lui offrir pour que cela cesse et que je puisse quitter la pièce. La douleur était tellement atroce que pour l'atténuer, je suivis son mouvement et abaissa mes doigts en même temps qu’il lançait son envolée. Mauvaise tactique.

 

Il était furieux maintenant.

 

Suite demain.

Rédigé par Robert Alair

Publié dans #La strappe

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