La strappe : suite 5

Publié le 3 Avril 2017

 

La douleur était tellement atroce que pour l'atténuer, je suivis son mouvement et abaissa mes doigts en même temps qu’il lançait son envolée. Mauvaise tactique.

 

Il était furieux maintenant.

 

- Petit morveux. Tu vas apprendre à obéir. Tu verras qui est le boss ici et la prochaine fois que le sifflet retentira tu t’arrêteras comme une statue de sel. Suis-je assez clair ?

 

- …

 

Je pensais que ma punition arrivait enfin à son terme et que je pourrais regagner ma classe.

- Donne-moi ton autre main.

- Quoi ?

- Tu m’as entendu. Amène ta petite patte sale tout de suite.

 

Cette fois, j’étais atterré. Il n’avait rien compris de ce que je venais de lui dire. Je ne lui faisais pas peur. Ne voyait-il pas que j’étais prêt à le tuer. En mon for intérieur, je savais qu’il devait lui-même transgresser l’espace qui nous séparait pour s’en prendre à moi, mais il ne le faisait pas et j’avais beaucoup trop peur de le faire moi-même. Voilà ! J'étais à sa merci.

 

- La main.

 

Il m'administra cinq nouveaux coups sur l’autre main. À la fin, je n’étais plus qu’une loque. L’ombre de moi-même. Je ne pouvais même plus retenir mes larmes qui coulaient à flots. La douleur était atroce, mais la marque qu’il laissa dans mon cœur, insoutenable. J'étais trahi. Le genre humain baissait d’un cran à chaque volée. Ma main était devenue une grosse masse de chair informe, épaisse et douloureuse. Je ne pouvais admettre qu’un adulte ose s’abattre sur un enfant, peu importe ce qu’il a fait, encore moins s’il ne faisait que jouer dans une cour de récréation. Ce monstre n’avait pas d'âme et ne pouvait représenter de mon point de vue l’autorité. S’acharner sur un jeune garçon dépassait mon entendement. Ma pression artérielle devait friser l’apocalypse. J’étais en feu. La colère grondait dans mes oreilles de ne pas pouvoir me défendre. Je me demande parfois si elle ne rugit pas toujours. Je croiserais ce vieillard aujourd'hui que je me ferais un plaisir de le renverser, m’assurant de le voir s’écrouler par terre.

 

Suite demain.

Rédigé par Robert Alair

Publié dans #La strappe

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