La strappe : suite 6.

Publié le 4 Avril 2017

 

La colère grondait dans mes oreilles de ne pas pouvoir me défendre. Je me demande parfois si elle ne rugit pas toujours. Je croiserais ce vieillard aujourd'hui que je me ferais un plaisir de le renverser, m’assurant de le voir s’écrouler par terre.

 

 

Je regagnai ma classe. Décomposé et humilié au centuple, je me présentai les larmes aux yeux devant mes camarades. Consternés, ces derniers m’accueillirent sans un mot dès que j’entrouvris la porte. Je me glissai sur mon siège. Tout le groupe, l’institutrice incluse, n’ignorait pas ma visite chez le sous-directeur, mais personne ne pensait me voir revenir dans un pareil état. Un silence mortuaire accabla mes semblables. Je retenais mes sanglots avec beaucoup de peine et mon nez coulait des cascades. Un rictus de douleur secouait mon corps et je n’arrivais plus à maitriser ma souffrance. La titulaire sortit en coup de vent de la classe pour aller parler avec le frère Sébastien. Quelques minutes plus tard, la cloche annonça la fin des cours et je quittai l’école. Personne ne m’adressa la parole. Notre institutrice (que j’aimais beaucoup) quitta ses fonctions quelques semaines plus tard. D’autres élèves avant moi avaient subi le même sort, mais je n’y avais pas prêté attention.

 

L’année scolaire venait de prendre fin pour moi. Fini les amis. Terminé le ballon-chasseur. Adieu cours de français, de mathématiques, de dessins et même d’anglais, là où je brillais par mes pitreries étant déjà bilingue depuis la maternelle. Jamais plus de devoirs non plus. Je ne voulais rien savoir, j’en connaissais bien assez sur le genre humain maintenant. Au bout d’un certain temps et malgré sa gentillesse à mon égard, mon institutrice ne me demanda plus rien, elle non plus. J’étais enfermé dans un mutisme intégral. Je me trainais comme un misérable et mes bulletins semestriels allongeaient ma note comme bon dernier. Au lieu de faire mes exercices scolaires, j’écoutais la télévision. Mes parents travaillaient tous les deux et n’avaient pas vraiment de temps à consacrer à mon éducation. Après tout, l’école publique s’en chargeait, non ? Évidemment, personne n’était informé de ma misère et ce n’est pas moi qui en aurais parlé. Le sifflet fut aboli quelque temps plus tard et plus jamais ce fou de faux frère ne m’adressa la parole. Une agréable surprise m’attendait en cinquième année. Le frère Sébastien n’était plus là. Combien d’enfants cet imbécile a-t-il brisés, nul ne le sait ?

 

* la strappe du mot anglais, the strap.

 

Texte original de Robert Alair 2017 que vous ne trouverez pas dans le Princess Dream . Ne copiez pas ce texte protégé par les droits d'auteur, faute de quoi je vous poursuivrai en compagnie du frère Sébastien...

Rédigé par Robert Alair

Publié dans #La strappe

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