La Strappe : suite 3

Publié le 1 Avril 2017

 

Ce premier coup m’interpella. Le pincement que produisit ce morceau de caoutchouc sur ma main ouverte m’horrifia.

 

- Lève ta main.

- Quoi !

- Lève ta main, c’est pas fini.

 

Le second coup ressembla au premier. Le troisième fit très mal. Le quatrième fut insupportable. Je me décomposais. Je n’y comprenais plus rien. Nous jouions au ballon-chasseur dans la cour de récréation quand le sifflet retentit. Ce ballon m’appartenait. Je l’apportais, car j’adorais ce jeu. Ainsi, j’étais assuré de pouvoir disputer un match avec mes amis sans avoir à compter sur le peu de disponibilité de l’école en matière de sport. Tous les élèves présents se figèrent sur place dès que le son désagréable du sifflet se fit entendre. Hélas ! Le ballon lancé par mon opposant alla choir beaucoup trop loin pour que je puisse le saisir. Oubliant la nouvelle consigne qui prenait effet en ce jour, je m’élançai pour le rattraper. Je réalisai mon erreur quand je compris les gestes désespérés de mes camarades me sommant de ne plus bouger. Trop tard. Toute la galerie m’avait vu ainsi que le principal intéressé. Il fit signe à tout le monde d'entrer après avoir longuement lorgné dans ma direction.

 

J’étais plié en deux de douleur. Ma main vrombissait tel un objet qui ne faisait plus partie de mon corps. J’avais l’impression qu’elle avait enflée du double de son volume et j’étais souverainement outragé que qui que ce soit ose s’attaquer à ma personne. J’interprétais cette agression comme hautement préjudiciable. Personne ne m’avait touché ainsi depuis ma naissance. Je ne pouvais permettre que cela continue. Cette espèce de gorille n’avait aucun droit de me frapper et je ne pouvais l’accepter. Trop, c’est trop, et j’en avais assez.

 

- Présente ta main. Dit-il fermement.

- Non, lui répondis-je alors que je la tenais solidement. Les doigts m’élançaient horriblement et toute ma main frémissait de douleur.

- Donne là moi.

- NON ! Vociférais-je la voix brisée et les yeux remplis de larmes.

- Tu vas donner ta main tout de suite.

- NON ! T’es chanceux que je ne sois pas plus grand, je te ficherais une volée.

- Quoi ?

- Oui, poursuivis-je comme sortie de mon corps, je te casserais la gueule, tu peux en être sûr.

 

Suite demain.

Rédigé par Robert Alair

Publié dans #La strappe

Repost 0
Commenter cet article