Le Suppléant : chapitre 2.4

Publié le 11 Juillet 2017

Flatté, le Suppléant demanda à voir la chose en question.

 

Le garçon étala alors devant ses yeux une série de photographies couleur d’une flamboyante Lamborgini rouge au volant de laquelle se trouvait une plantureuse blonde, les seins nus. SCANDALE ! Le Suppléant confondu ne savait où jeter son regard. Il balbutia des choses incompréhensibles et, après maintes hésitations, se résigna à confisquer les photos sous la huée générale.

 

-Monsieur, vous êtes ben straight !

 

-Vous êtes contre les voitures sports ?

 

Le Suppléant exigea le silence. Il crut nécessaire de faire une mise au point sur l'aspect professionnel du cours qu'il voulait donner, indiquant par la même occasion qu'il n'y avait pas de place pour ce genre de futilité. Et tandis qu'il commençait son petit laïus, un étudiant faisait démarrer un moteur dans un vacarme épouvantable. Le Suppléant n'en continua pas moins de discourir, entendu de lui seul, et encore... Le moteur cependant fit bientôt une embardée et s'étouffa alors que le Suppléant terminait son propos sur ces mots :

 

-...--mais vous êtes des gars capables... capables de faire des miracles si on vous en donne les moyens !...

 

-Justement, lança un étudiant qui semblait vouloir faire suite aux dires du Suppléant, on a besoin d'un vrai miracle pour remettre en marche le moteur de l'automobile de Monsieur Richard.

 

-Comment va-t-on faire ? Renchéris un frisé.

 

Le Suppléant, pour que l'on comprenne bien qu'il réfléchissait à la question, porta la main au menton. Puis, laissant retomber le bras, il fit voir un visage taché d'huile… ce qui ne manqua pas d’amuser la classe.

 

-De quel trouble souffre le moteur ? demanda le Suppléant tandis que les élèves étouffaient un rire.

 

-On ne sait trop, Monsieur, c'est généralisé. C'est que voyez-vous, on a échappé le moteur sur le plancher de béton et il y a quelques morceaux qui se sont... enfin, vous voyez... Le pire c'est monsieur Richard, lui y'en a eu une claque en voyant ça... On le savait pas, nous autres, qu'il était cardiaque!

 

Le Suppléant voulut alors gagner du temps.

 

-Mes amis ? dit-il. Il faut absolument montrer à monsieur Richard ce qu'on est capable de faire... En somme, un moteur ça n'a rien de compliqué, c'est un peu comme... comme les femmes... faut savoir s'y prendre.

 

-Ça, c'est vrai, monsieur ! seconda la classe soudainement intéressée.

 

-Les gars, je sais que vous savez vous y prendre.

 

-Ça, c'est vrai ! firent-ils trépidants.

 

-D'abord, quand un moteur est endommagé, comme celui de monsieur Richard, que faut-il faire ?

 

-Monsieur, risqua un étudiant, endommagé comme celui-là, on serait peut-être mieux de le changer pour un neuf.

 

-CHOUOUOUOUOUOUOUOUOU ! protesta la classe.

 

-Ne vous occupez pas de lui, monsieur, il n'y connaît rien !

 

-Aie! monsieur, s'écria le plus brillant de la classe, surnommé "Grosse Tête", je le sais ce qu'il faut faire, moi : il faut changer les morceaux défectueux.

 

-Voilà qui est bien ! rétorqua le Suppléant. Je constate avec plaisir que vous ne manquez pas d'imagination.

 

-On commence ou on ne commence pas ?

 

-Une minute, les gars ! fit le Suppléant. D'abord, faudrait faire l'inventaire des pièces endommagées pour voir si on les a en réserve.

 

-Inquiétez-vous donc pas ! fit le frisé. On est dans une Polyvalente ici : on a du stock en masse !

 

-Bon, bon, on commence ! firent-ils en se précipitant, sur le moteur.

 

-Une minute coupa le Suppléant.

 

-Qu'est-ce qu'il y a encore ?

 

Rédigé par Robert Alair

Publié dans #Le Suppléant

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