Le Suppléant, chapitre 2.3

Publié le 4 Juillet 2017

 

Le Directeur dénicha sous le fauteuil un paquet de feuilles. Il en tira une pour aussitôt la remettre au Suppléant.

 

-Tenez, voici une carte miniature du plan de la Polyvalente. Nous en remettons une à tous nos Suppléants.

 

-Ah bon, fit décourager le Suppléant.

 

-Vous savez, il ne faut pas trop vous en faire ; en vérité, je vous avoue que je ne m'y reconnais pas encore très bien moi-même...

 

-Ah oui, marmonna le Suppléant reprenant espoir.

 

-Je vous reverrai sûrement durant la journée. Tenez, pourquoi ne viendriez-vous pas dîner avec moi ? Je vous attendrai à la cafétéria. Vous serez mon invité. J'adore me mêler aux étudiants. Dans le fond, je suis un peu comme eux...

 

-Très bien, monsieur le Directeur, j'y serai. Au revoir !

 

-C'est ça, au revoir et bonne chance !

 

-Merci.

 

Le Suppléant laissa le Directeur à ses études et consulta la carte qu'il lui avait remise. Quelques instants consacrés à explorer la carte suffirent à le désorienter complètement.

 

-Mais c'est le fouillis général, maugréa-t-il gravissant l'escalier.

 

-Avez-vous besoin d'un renseignement, monsieur ? lança un homme aux cheveux grisonnants qui avait remarqué l'embarras du Suppléant.

 

-Euh ! Oui, pourriez-vous me dire où se trouve le local 1530 ?

 

-Mais certainement. Vous ne pouviez pas mieux tomber pour obtenir une telle information. Vous n'avez qu'à traverser ce couloir et tourner à votre gauche, c'est la première porte.

 

-Monsieur, je vous remercie infiniment.

 

-Y'a pas de quoi. Je me présente : Julien Lapointe, l'Orienteur de cette Polyvalente.

 

Après avoir serré la main de Monsieur Lapointe, le Suppléant s'empressa de suivre à la lettre les indications de l'orienteur. Traversant le couloir il tourna à gauche et continua jusqu'à la première porte. Il était au 1530, enfin. S'arrêtant pour souffler, il jeta par acquit de conscience un bref coup d’œil par le carreau.

 

Tout près, des élèves en bleu de travail étaient à retirer d'une voiture sa boîte de vitesse alors qu'à l'écart d'autres soumettaient le moteur à un judicieux examen. Partout par terre s'étalaient différentes pièces de cette même voiture dont il ne restait d'identifiable que le châssis et les roues. Sûrement sans aucun plan d'ensemble, chacun surexcité, s’affairait joyeusement à parfaire ses connaissances, marteau en main.

 

Le Suppléant courageux ouvrit la porte. Plusieurs têtes alors se tournèrent vers lui et un étudiant s'approcha.

 

-Vous êtes le Suppléant ?

 

-Oui oui, c'est moi.

 

Le garçon lui tendit une main tachée d'huile que le Suppléant serra distraitement.

 

-Êtes-vous marié ? demanda le garçon.

 

-Eh bien ? Euh !... C'est-à-dire que, euh !... Non.

 

-Tant mieux ! On va pouvoir se comprendre. J'aurais justement quelque chose à vous montrer.

 

Flatté, le Suppléant demanda à voir la chose en question.

Rédigé par Robert Alair

Publié dans #Le Suppléant

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