Le Suppléant : chapitre 2.1

Publié le 6 Juillet 2017


 

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LA POLYVALENTE

   

 

T

ous les jours depuis son entrevue avec le Grand Directeur, le Suppléant se levait tôt le matin et courait s'installer près du téléphone dans l'espoir de recevoir un appel de la Commission. Il s 'adossait au meilleur des fauteuils, et les pieds posés sur un pouf, il joignait les mains et fermait les yeux ; position idéale pour une attente prolongée.

 

L'attente se prolongea en effet des heures, des jours et des semaines. L'anxiété des premiers jours s'était grandement amenuisée et le Suppléant qui persistait toujours à venir se poster près du téléphone tôt le matin, ne le faisait plus en définitive que pour la forme et se rendormait aussitôt, dès que blottis au creux du fauteuil. Si bien que par un beau lundi matin : Dring!.. Dring!... à peine le Suppléant n'eut-il le temps de réaliser qu'i1 s'agissait bel et bien de la sonnerie du téléphone que sa mère dont l'anxiété, elle, ne s'était aucunement amenuisée, bondissait sur l'appareil persuadée à cause de l'heure hâtive que cet appel venait de la Commission.

 

-Oui, allo ?... Oui, oui c'est bien ici ; il s'agit de mon fils... À la Polyvalente Paul-Gérin Lajoie, en remplacement de monsieur Richard! Certainement... Un cours professionnel! Aucun problème... Je vous l'envoie immédiatement...

 

Moins d'une heure plus tard, sur les bons conseils de cette mère prévoyante et désintéressée le Suppléant arrivait sans encombre à la Polyvalente pour y accomplir sa première journée de Suppléance.

 

Dès sa descente d'autobus, il ne manqua pas de reconnaître la Polyvalente, un gigantesque complexe de béton dont le corps directeur s'étendait parallèle à l'horizon jusqu'à un boisé voisin ; à intervalles réguliers d'énormes cubes formant autant d'annexes toutes reliées entre elles par des passages aériens, venaient se greffer à la structure centrale. L'architecture de cette maison d'éducation avait de quoi impressionner tant par son originalité que par son imposante stature.

 

Et dire qu'il ne s'agissait là que d'un exemplaire parmi tant d'autres de ce que pouvait concevoir le génie humain pour le plus grand plaisir des yeux et de l'esprit. Vraiment, le Suppléant était ébloui ; ce qui ne l'empêcha pas moins de se diriger à la hâte vers l'entrée principale.

 

Dès qu'il eut pénétré dans la Polyvalente, il chercha le bureau du Directeur. Il ne le vit nulle part ce qui l’incita à pousser ses recherches plus loin que le hall d'entrée et ses environs. C'est ainsi qu'il s'engagea dans un large corridor, puis monta un escalier en spirale plutôt que d'enfiler un autre corridor faisant la jonction avec le premier.

 

Parvenu à l'étage supérieur, il remarqua un retardataire qui s'allumait une cigarette.

 

-Pardon, mon garçon, je cherche le bureau du Directeur et...

 

-Prenez l'escalier central et allez-vous renseigner auprès de la secrétaire.

 

-L'escalier du centre ?

 

-Ouais. Là-bas, à votre gauche... ou à ma droite si vous préférez.

 

-Euh!... merci, merci bien!

 

Le Suppléant gagna le grand escalier qu'il gravit à grandes enjambées jusqu'au second étage.

 

Il se retrouva face à la bibliothèque. Sans doute le bureau du Directeur n'était-il pas loin.

 

Il enfila un corridor à sa droite qui le mena à un réduit où s'entassaient balais et porte-poussière. Un concierge surprit dans son sommeil lui souri mal dans sa peau.

 

-Le bureau du Directeur, demanda le Suppléant.

 

-Très facile, répondit le concierge, descendez au premier, prenez le corridor de gauche jusqu'au Pavillon B et là... et là informez-vous donc auprès de l'autre concierge, monsieur Jasmin, que vous y trouverez.

 

-Merci, fit le Suppléant gêné.

 

-Vous pouvez aussi utiliser l'escalier mobile, il est situé...

 

-Non merci, je prendrai le même escalier.

 

-A votre guise ; d'ailleurs c'est juste un peu plus long...

 

Le Suppléant descendit jusqu'au premier.

 

Il chercha en vain le corridor mentionné par le concierge. Il résolut alors d'emprunter de nouveau l'escalier pour aller jeter un coup d’œil au rez-de-chaussée. N'y trouvant que des salles de conférences vides, il poursuivit sa descente jusqu'au sous-sol. Il se retrouva devant un corridor très sombre. Il s'y aventura quelques instants mais ne parvenant que très difficilement à s'y retrouver, il s'arrêta désespéré.

 

-Ça ne peut pas être ici, pensa-t-il.

Rédigé par Robert Alair

Publié dans #Le Suppléant

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