Le Suppléant (1.3)

Publié le 4 Juillet 2017

"PATLAOOORRR!!!"

 

À la fois concentré sur sa lecture et occupé à éviter dans son va-et-vient les piles de volumes jonchant le sol, le Suppléant se heurta, d'abord durement contre le pupitre qu'il n'avait pas repéré à temps ; ensuite, il fit quelques pas arrière sautant à cloche-pied pour reprendre son aplomb, mais ce faisant, il alla donner contre une pile de livres pour y perdre tout équilibre et, enfin, dans un dernier effort pour se redresser, il tenta de s'accrocher aux étagères qui, hélas, trop légères s'affaissèrent dans un fracas extraordinaire sur sa personne. Ce n'était pas de veine!

 

Le bruit assourdissant ne manqua pas d'intriguer la mère qui s'amena sur les lieux à la hâte. La tête glissée dans l’entrebâillement de la porte, celle-ci fouilla un moment du regard l'avalanche avant d'y repérer le Suppléant occupé à s'en dépêtrer.

 

-Tu t'es finalement décidé à faire le grand ménage, lança-t-elle.

 

-Le quoi ? répliqua le Suppléant.

 

-Le grand ménage ! répéta la mère.

 

-Mais, ça va prendre une éternité, gémit le fils.

 

-Au moins deux bonnes semaines ! conclut satisfaite la mère qui s'en retourna à ses chaudrons.

 

Et au milieu des bouquins épars, alors qu'une fine poussière voltigeait encore dans la pièce, le Suppléant déprimé songea comme il serait heureux d'en être à la veille de son rendez-vous avec le Grand Directeur.

 

 Prenant son courage à deux mains il résolut tout de même d'entreprendre le grand ménage.

 

Et ce travail d'archiviste lui fut des plus bénéfiques ; d'une part, cela lui permit de se familiariser de nouveau avec les nombreuses méthodes d'enseignement qu'il avait apprises au cours de ses longues années d'études, d'autre part, il lui fit passer ces jours d'attente dans la plus parfaite quiétude constamment enfermé dans la bibliothèque occupé à classifier ses livres de façon ordonnée. Et enfin, quand même ne serait-ce que pour la satisfaction non voilée de sa mère tout au long de ce grand ménage, cette activité lui fut des plus profitables.

 

Le jour du rendez-vous avec le Grand Directeur arriva donc au terme d'une attente vite et bien passée. Toutefois, sans en connaître les profondes raisons, le Suppléant, ce matin-là, se trouva replongé dans l'état d'extrême excitation qui l'avait accablé lors de sa demande d'emploi. Souhaitant retrouver un peu de son calme, il ne se présenta pas au petit déjeuner préférant quitter la maison en catimini.

 

Vêtu d'un complet gris récemment acquis chez l'un des plus chic manufacturiers de la ville et muni, malgré le temps plutôt ensoleillé d'un magnifique parapluie noir qu'il ne manquait jamais de traîner lors d'événements importants, il franchit le seuil de la maison sur la pointe des pieds. À l'extérieur, l'air était bon et revigorant ; il en fit provision avant d'aller s'engouffrer dans le métro.

 

Le voyage se fit sans anicroche jusqu'au moment où il quitta la rame de métro.

 

Rédigé par Robert Alair

Publié dans #Le Suppléant

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