La campagne (suite 7 finale).

Publié le 15 Avril 2017

 

Le vieux fou sortit lui aussi du bâtiment et décida de courir après moi. Je n’attendis pas mon reste et le distançai tout de suite. Les petits cailloux composant la route me firent très mal aux pieds, mais mon taux d’adrénaline élevé m’interdisait de le laisser s’approcher de moi. Il était hors de question qu’il me touche. Il fit des efforts surhumains pour me rattraper, mais je gardai toujours une bonne distance entre lui et moi. Sa grosse bedaine ne lui permettait pas de me concurrencer dans le domaine de la course. Bientôt, je bifurquai vers une terre clôturée recouverte d’une épaisse couche d’herbes tendres, au grand soulagement de mes orteils endoloris. Trop essoufflé pour continuer, Trognon marchait maintenant loin en arrière.

 

Tapi à même le sol et caché par quelques arbrisseaux, j’en profitai pour chausser mes souliers. Malgré une demi-lune apparente, je ne voyais strictement rien. Il me sembla pourtant entendre la voix du bonhomme qui s’approchait. Il n'y distinguait rien, lui non plus. Son souffle rauque pompait l’air au maximum et cette fois j’eus l’impression qu’il m’avait repéré. Ses pas lourds foulaient les herbes et la sensation qu’il était à moins de deux mètres de moi se précisa. Je ne bougeais pas d’un poil et respirais la bouche ouverte pour qu’il ne m’entende pas. Il s’arrêta tout à coup silencieux pour tenter de me localiser. Je ne le voyais pas gardant mes yeux au sol. Je serrais avec force ma hachette, pensant que s’il me touchait je bondirais telle une gazelle et lui assènerais un coup fatal. Ma décision était irrévocable, je détestais tellement cet homme qu’il est certain que si sa main se posait sur moi, j’explosais comme un feu d’artifice balayant tout sur mon passage. Un miracle se produisit. Il passa à un mètre de moi sans me voir. De peur qu’il ne se retourne pour m’apercevoir, je demeurai ainsi tapi d’interminables minutes. Rassuré, l’écho de sa voix grognant des mots incompréhensibles s’éloigna finalement ; je retrouvai mon calme.

 

Ce fut la nuit la plus longue de ma vie en compagnie des crapauds et des grenouilles qui croassaient leur infernale ribambelle dans l’étang près duquel je me suis réfugié. Les larmes me vinrent aux yeux plusieurs fois avant qu’enfin le soleil se pointe à l’horizon. Si j’avais eu quelques dollars en poche, j’aurais sauté dans un autobus au petit matin pour rentrer chez moi. Je vois d’ici la gueule que mes parents m’auraient faite ! Hélas ! Je devais revenir à la ferme.

Rédigé par Robert Alair

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