La campagne : suite 5

Publié le 12 Avril 2017

 

Un évènement malheureux vint changer la donne.

 

Un soir, ma sœur eut la mauvaise idée de s’asseoir dans la grande chaise berçante du propriétaire. Contrarié de voir la petite se bercer dans son fauteuil, il lui intima de le quitter sur-le-champ afin qu’il vienne reposer son gros derrière. L’enfant tardait à obéir. Il lui empoigna le bras et la souleva presque de terre pour la repousser plus loin. Elle s’assied sur une chaise droite et ne fut pas longtemps à verser des larmes. Voilà qui irrita doublement Trognon. Il saisit une branche de saule que j’avais apportée et abandonnée là sans autre raison et donna de petits coups aux avant-bras de celle-ci, histoire de la faire taire. Hélas ! Le contraire arriva. Le bonhomme accentua la cadence et c’est à ce moment que j’intervins.

 

- Aie ! Vous ne frappez pas ma sœur.

- Ferme ta gueule, toi. Et il continuait son manège.

- Aie ! J’ai dit, tu ne frappes pas ma sœur, t’as compris.

- Tu la fermes, petit con, ou c’est toi qui vas recevoir les coups.

 

L’instant suivant, il se tire de son fauteuil pour tenter de m'atteindre, mais plus rapide que lui, je contourne la table de cuisine. Il s’élance vers la droite m’obligeant à me dérober vers la gauche où se trouve justement la sortie que je m’empresse de prendre. Me voilà dehors sous un ciel étoilé. J’accours en direction de l’étable pour m'y réfugier. Contrairement à mes prévisions, Sieur Trognon ne se précipite pas à l’extérieur, mais referme la porte laissée entrouverte. Me voilà comme un con hors du domicile. La nuit sera longue.

 

 

Une fois à la grange, je récupérai ma hachette et montai au grenier pour m’étendre sur le foin qui dégageait cette odeur toute particulière que j’aimais tant. Doucement, la pénombre gagna les lieux et j’entendis au loin, les appels discrets de mon frère m’invitant à regagner la maison. Comme il commençait à faire froid, j’eus l’idée d’aller me réfugier dans la Météor de Cro-Magnon, garée derrière les grandes portes de bois. Faute de mieux, je pensais pouvoir y dormir à mon aise.

 

Demain : suite 6

Rédigé par Robert Alair

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