La campagne : suite 4

Publié le 12 Avril 2017

 

Cro-Magnon hurlait dès que la queue s’élevait et frappait sans retenue les ischions et les trochanters, ces deux articulations qui forment le train arrière du mammifère. Les coups pleuvaient alors que la bête se soulageait les intestins.

 

- Je t’ai dit cent fois NON. Pas de merde ici. Espèce d’imbécile.

- Meuhhhhhhhh ! Faisait-elle larguant des kilos de matières fécales qui tombaient partout et surtout à côté de la paille fraiche étendue justement pour les besoins.

 

Les coups virevoltaient et les échos du bruit fracassant les os faisaient trembler de peur tout le troupeau. De guerre lasse, il lançait son balai au mur en prononçant tous les mots connus servant aux prêtres pour leurs offices dominicaux. Le tabernacle, le ciboire, les hosties et même le nom du supplicier accroché à sa croix déferlaient de sa bouche le libérant de la colère que Brownie déclenchait. On entendait de la maison tous les saints du ciel descendre sur terre. Quel con ! Le pire c’est qu’il trayait cette vache finalement, deux fois tous les jours. La bête ressortait de l’écurie en boitant lamentablement, résolue à revenir dans quelques heures subir encore une fois le même sort. Quelle galère !

 

Pour nourrir son troupeau, Sieur Trognon acheta un tracteur qui servirait à labourer ses champs. Il sema de l’avoine et du trèfle dont les bovins raffolent. Tout naturellement, c’est mon frère ainé qui conduisit l’engin et je dois le dire : il était fort compétent derrière le volant.

 

- Merde de bœuf ! Monsieur Pierre, lui criait le bonhomme, vous avez tourné le coin avec grâce encore une fois.

 

Les voilà comme deux larrons en foire revenant des champs, la gueule fendue jusqu’aux oreilles. Cro-Magnon gagnait sur tous les tableaux, puisque mes parents payaient une pension pour nous trois et le Sieur bénéficiait d’une main-d’œuvre gratuite. C’est nous, mon frère et moi qui allions tous les jours porter de l’eau au bétail tandis que ma sœur œuvrait aux tâches ménagères. Tout le monde était heureux, sauf que…

 

 

Rédigé par Robert Alair

Publié dans #La campagne...

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