La campagne : suite 3

Publié le 11 Avril 2017

 

Un jour, une surprise nous attendait. Un troupeau de vaches arriva à la ferme. Par quel miracle Sieur Cro-Magnon avait pu réunir les sous pour se payer sa nouvelle lubie, je n’en sais rien. Hélas ! Le laitier allait bientôt nous révéler son beau caractère. Les bêtes devaient produire du lait et c’est manu militari qu’il procédait à la manœuvre. Certains voisins ne trayaient plus leurs bovinés eux-mêmes, mais utilisaient de récents systèmes mécaniques, les soustrayant à la tâche ardue de faire sortir la substance du trayon. Monsieur Cro-Magnon levait le nez sur eux en se vantant de traire ses vingt-trois vaches lui-même. Une corvée colossale qu’il se tapait deux fois par jour tous les jours, notamment le matin à 4.30. Les bovins arrivaient au petit matin gonflés de lait. Les bêtes ne devaient pas comprendre que le Sieur tenait l’écurie propre et que s’il les laissait libres d’épandre leur excrément par delà ses terres, elles ne devaient en aucun cas faire leur besoin dans l’enceinte de l’étable. Pour la plupart d’entre elles, cela se passait relativement bien, car elles larguaient leur cargaison de bouses avant de faire leur entrée. Bénies soient-elles. Par contre, cela allait tout différemment pour certaines vaches, notamment pour Brownie. Dès qu’elle franchissait la porte pour se diriger vers son étal et qu’elle croisait le regard perçant de Cro-Magnon, elle s’agitait soudainement. La panique s’emparait d’elle et cela même si elle n’avait aucune envie de déféquer. Le bonhomme la toisait tandis qu’il décrochait son gros balai d’ouvrier, fin prêt à lui servir la leçon qu'elle méritait si jamais elle osait lever la queue. La voilà se contorsionnant, incapable de maitriser la peur qui l’envahissait. Le vieux fou hurlait :

 

- NON ! Je t’ai dit non. Je ne veux pas de merde ici.

- Meuhhhh ! Lui répondait inutilement la pauvre bête.

- Je te préviens, tu vas y goûter.

- Meueuhhhh ! Meuglait celle-ci tandis qu’elle essayait en vain de se retenir.

 

Suite 4 demain.

Rédigé par Robert Alair

Publié dans #La campagne...

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