La strappe.

Publié le 29 Mars 2017

 

Voici une histoire parmi tant d'autres similaires qui n'a rien à voir avec Le Princess Dream et que j'ai eu le plaisir de composer. Eh oui ! J'écris parfois sur d'autres sujets. Coeur sensible, vaudrait mieux décaniller... Si vous résistez à cette lecture et abandonnez avant la fin (suite 1 à 6), vous n'êtes pas mieux que le frère Sébastien.

Bonne lecture.

Je suis né avec l’avènement de la télévision. L’époque du chauffage au charbon n’était déjà qu’un souvenir et les calorifères à l’eau chaude siégeaient enfin. Les couleurs vives peignaient les murs de nos maisons et traçaient la voie à une mode éphémère tandis que les réfrigérateurs remplaçaient depuis quelques années les glacières. On pouvait acheter un duplex en rangée pour 15 000$ avec un comptant de 4 000$ ; une véritable fortune. Un couple arrivait à se tirer d’affaire si les deux travaillaient et s’il avait su limiter la famille à trois enfants. On abandonna la messe du dimanche quelques années plus tard au grand dam des curés qui encourageaient la gent féminine à ne pas empêcher la famille. À cette époque, un cent valait quelque chose et on portait souvent les souliers usés de son grand frère. La vie était dure particulièrement en hiver alors que les banquises ensevelissaient nos rues et que l’isolation à la fibre de verre n’existait pas.

 

Aussi loin que je me souvienne, je n’étais pas content d’arriver sur Terre. Pour mon frère ainé, ma venue troublait sa fête. Mes parents, quant à eux, n’étaient pas vraiment faits pour vivre ensemble. Comme beaucoup de gens, ils n’avaient pas de buts précis sur leur présence ici-bas et ne savaient pas vraiment comment gagner des sous. On ne peut rien leur reprocher, leurs géniteurs ne brillaient pas en la matière non plus.

 

Fréquenter l’école publique présentait souvent des situations particulières.

 

- Aie ! morveux ! Viens ici quand je te parle.

- Oui monsieur.

- Oui monsieur le préfet !

- Euh ! Oui, monsieur le préfet.

- Qu’est-ce que j’ai dit ?

- Euh !

- Qu’est-ce que j’ai dit ?

- Euh ! Je sais pas, monsieur.

- Monsieur ?

- Monsieur le préfet.

- J’ai dit quand je siffle tout le monde stoppe.

- Ah oui ! C’est vrai.

- Et ?

- Euh !

- Toi, tu ne t’es pas arrêté.

- Ben c’est que mon ballon, il…

- Qu’est-ce que j’ai dit ?

- Il faut stopper.

- Et toi, tu as fait quoi ?

- Ben, j’ai arrêté…

- Non.

- Le ballon a roulé.

- Et toi, tu as fait quoi ?

- Je l’ai attrapé avant qu’il…

- Mais qu’est-ce que j'ai dit ?

- Il faut s’arrêter.

- Donc tu ne t’es pas arrêté.

- Non.

- Et qu’est-ce que j’ai dit d’autre ?

- Heu ! D’autres ?

- Oui. J’ai dit que si on ne s’arrêtait pas, il y avait une…

- Heu ! Une…

- Une punition.

- Ah oui, c’est vrai.

- Tu t’en souviens maintenant ?

- Oui.

- Et c’est quoi la pénitence ?

- …

- C’est quoi ?

- Heu ! C’est la… la strappe. Mais monsieur ce n’est pas de ma faute, j’ai…

- Monsieur ?

- Monsieur le préfet.

- Va m’attendre à mon bureau.

- À votre bureau ?

- Oui, à mon bureau.

 

Suite demain.

Rédigé par Robert Alair

Publié dans #La strappe

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